Variations

La vie d’un homme est telle une spirale qui tourne sur elle-même. La vie d’un homme n’est rien si le regard des autres ne gravite pas autour d’elle. C’est comme si la terre n’avait jamais entouré le soleil, et, comme si la lune n’avait jamais éclairé une nuit d’été. La vie d’un homme a besoin du regard des autres pour décrire son propre univers dans lequel chacun est dieu et diable à la fois. Dieu pour lui, diable pour les autres…

Vois-tu cette petite lumière qui naît timidement là-bas, derrière les collines ?… Elle n’est pour l’instant qu’une simple impression, un point lumineux. Le point grossit et laisse la place au cercle. Voilà, l’astre rouge apparaît pour nous réchauffer le coeur !  Puis, nous, comme des enfants curieux, voulons regarder profondément dans ses entrailles. Pourtant, ses rayons embrasent nos yeux si peu habitués à contempler cette étoile minuscule, un point perdu dans l’univers…

Avides de connaître et frustrés d’avoir été écartés par la nature, comme des chenapans jamais contents d’un si beau jouet, nous l’abandonnons, pour s’émerveiller devant l’infini éclatant de lumières lointaines, qui d’ici, de notre terre, nous paraît suave et inoffensif. Mais chaque étoile est dix fois, cent et mille fois plus brûlante que notre astre seigneur. Alors, comment regarder l’univers quand nous ne sommes même pas capables de voir l’étincelle qui nous sert d’âme?

Au seuil du temple de Delphe, une petite phrase incitait le peuple à la réflection : « Connais-toi, toi même ». Voilà ce qu’il y avait d’écrit. Même si le temps a balayé sur son passage les lettres gravées dans la pierre, ce dicton n’a jamais été oublié par certains, mais pour les autres, il n’a jamais existé ! Alors, quoi de plus beau que d’éclairer les lucarnes de l’esprit et d’apporter la lumière jaillissant du point ? Le point, oui ! C’est le début et la fin…

Le vieil homme se tut. Il dessine un point sur la vitre sale, une apside perdue dans l’océan de taches laissées par les voyageurs, traces éphémères de leur passage. La longue barbe argentée du vieillard reflète la lumière naissante d’un matin de juin. Sa longue soutane noire rappelle le ciel obscur de la nuit achevée.

Le point s’agrandit… et il devient cercle…

Le moine trace un beau circulaire autour. Il efface le point. Le train s’arrête. Il se lève, prend sa mallette en cuir et sort. Je reste immobile devant ce cercle badigeonné de poussière qui cadre le regard flou d’un gosse vagabond.

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