Jouets

La cloche de l’école sonnait à midi pile et tout le monde cessait de regarder le tableau noir, la maîtresse, le cahier chiffonné. L’impatience s’emparait de nous et si par malheur, il fallait encore rester cinq minutes de plus, c’est à dire une éternité, on bouillonnait de rage pensant que déjà quatre heures d’école étaient largement suffisantes.

On jetait cahiers, manuels et plumier dans un cartable en faux cuir et on partait chacun chez soi, sans regarder derrière, sans penser que demain on reprenait le tout à zéro.

On pensait aux jeux derrière l’immeuble, autour de la barre à tapis ou derrière les dépôts graisseux de la gare. Peu importait, il fallait arriver au plus vite à l’appartement, avaler en vitesse une tranche de pain sec tartinée avec quelques cuillères de ratatouille faite maison, et oubliant tous les devoirs, partir comme une fusée dehors avant que les autres prennent les meilleures places de jeux.

Parfois, j’arrivais trop tard. Le seul endroit libre se trouvait sur un muret sale, collé au poulailler d’un vieux grincheux. Alors j’abandonnais ces jeux pour d’autres. La clef toujours autour du cou, je partais errer dans la ville, comme une vagabonde, sans but bien précis.

C’était alors que j’aimais imaginer cette ville grise autrement. Ville champignon, ville en morceaux, ville sur l’eau, ville de nuit…

Jouets

 

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