Conte du temps

L’histoire du temps commence bien avant la construction de l’horlogerie, bien avant la construction du village, bien avant l’arrivée des hommes sur la Colline des Instants. Nous le savons parce que le vieil horloger nous l’a dit. Il habite dans une petite maison recouverte de vigne vierge, au coin d’une ruelle.

Ce jour là, il était caché dans sa clepsydre et, puisqu’il est très joueur, ils nous a laissé suivre le fil de l’histoire. C’était un fil étrange, comme une partition, sur lequel des cerises sautaient pour donner le rythme, faire la musique.

Le temps, disait la chanson, est comme une fée que personne ne voit, mais tout le monde s’imagine. Certains le voient comme une danse, d’autres comme un voyage, d’autres encore, comme un arbre qui pousse dans une montre. Et c’est alors que nous découvrîmes un petit chêne enraciné sur un rouage en cuivre.

Après avoir tournoyer autour de l’écorce, le fil de l’histoire s’est engouffré dans un creux. Nous voilà donc devant un étang. L’eau était limpide, la musique la faisait vibrer et les notes scintillaient d’une multitude de sonorités. Le fil de l’histoire y plongea et nous avec.

Quelle merveille de pouvoir respirer sous l’eau. Nous étions aussi légers que les poissons. L’eau était douce, sucrée, comme le soda. Au fond de l’eau, il y avait des coquillages, des algues multicolores. Le fil de l’histoire s’était alors transformé en partition à bulles de savon, vous savez, celles qui brillent au soleil comme un arc-en-ciel.

Il nous invita à visiter un grand coquillage : La maison de Petite Onde, nous avait-il dit. Petite Onde avait des milliers de branches, comme un arbre. D’ailleurs, nous avons pensé qu’elle en était un : un arbre sous-marin. Sur chaque branche, il y avait des trompettes d’où s’échappaient des bulles assez étranges. Chaque bulle était habitée par une idée qui s’envolait à travers une cheminée très lumineuse. Je sais, d’habitude, l’intérieur des cheminées est noir comme la suie, mais ici, il était si clair qu’on aurait dit un rayon d’étoile. Cette lumière était si forte que nous fûmes éblouis, tellement, que nous perdîmes le fil de l’histoire.

Du coup, nous nous retrouvâmes dans un désert, seuls avec un énorme sablier. C’est alors que nous pensâmes que tout ce sable du désert venait du sablier. Sans doute, il devait être cassé.

Que ce passerait-il lorsque le dernier grain de sable désertait le sablier ? Une pluie d’étoiles ! Et chaque étoile avait son grain de sable. Et chaque grain de sable avait le nom d’une étoile. Puis, de ce mélange sablonneux naquirent des papillons. Un infini d’ailes multicolores qui, lorsqu’elles touchaient le sablier, elles devenaient grains de sable…

Et nous voilà de nouveau dans la boutique du vieil horloger. Il était toujours caché dans sa clepsydre.

Dehors, il faisait nuit. Les étoiles scintillaient au dessus du village et nous, ne savions toujours pas ce que le Temps…

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