Automnales

Mes souvenirs sont des arbres qui s’enracinent dans mon être. Je n’ose pas les couper, pourtant j’ai froid. Animer un feu qu’on appelle banalement vie. Une vie qui n’existe que dans ces feuilles tombées un automne, celui de l’enfance, la mienne. Je me souviens de ces forêts verdoyantes, éclatantes qui peuplaient la terre de mon imagination. Elles ont été dévastées par la nécessité d’allumer un feu. J’ai retrouvé un arbre et j’ai gravi ses branches comme nous montons un escalier qui porte des marches trop étroites et qui nous donnent le vertige. Je l’ai fait pour voir qui avait osé abattre mes arbres, qui avait osé allumer ce feu qui ne me chauffait pas.

Il faisait noir, une nuit sans étoiles, sans rêves, sans ombres car les ombres étaient fondues dans l’obscurité. J’avais perdu aussi mon ombre. J’en étais devenue une. Loin, dans cette forêt défrichée, noircie par la suie de la nuit, une lumière. Une seule, infime, presque imperceptible. Une pulsation. Un feu. J’ai marché vers cette lumière comme nous marchions vers un but. J’ai emprunté des chemins qui n’en étaient pas et qu’ils en sont devenus. Je me suis écorchée. Mes arbres ont déchiré ma chair. La peur que le feu efface mes souvenirs, qu’il troque mes arbres contre le besoin. Le feu était dans mon regard. Je l’ai vu en me penchant sur moi-même. Je suis tombée de cet arbre qui n’est plus. Devant moi, le jour se lève. Le feu s’éteint.

Automnales

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